Komz ha gobér àr-dro mékanik

Loeiz Herrieu da heul - Loeiz Herrieu, suite

T'em lakehé casi de hoarhein: chonj enta erhat de gement tra e ram e chervijam a unan-benag ag er benùéger-sé e hanùes "truc" pe "machin-sé".

 

Evit pe abeg ar disglavier ur skeudenn kevazas an hini eo da gompren ar teknikel?

 

Pourquoi le parapluie offre-t-il l'image idoine de la technique ?

 

Système d'assurances, la technique en général comme celle du parapluie en particulier qui nous met à l'abri de l'eau, nous conforte dans la confiance que nous accordons au fonctionnement adéquat des choses ouvrées dans le sens des services que nous en attendons.

Reizhiad kretadurioù, ar teknikel hollek evel an hani ar disglavier a hon lakomp en gwasked, startaad ahanomp e fizians e reiomp da vont ar dro an traoù laboured war an tu mat.

Si le caractère désagréable de la pluie ne cesse pas, car il faut encore se pourvoir et s'encombrer de l'ustensile en cause, du moins l'averse ne mouille plus.

Ma n'arresta ket an doareenn divorrus ar glav, rag faota deoc'h en em luzian gant ar rikoù se, da bep nebeutan ar barrad ne gleba ket ken.

La technique produit une relativité spécifique eu égard aux dangers constitués par les éléments naturels : l'eau peut être considérée comme un bienfait lorsqu'elle arrose le tissu végétal, lorsqu'un verre d'eau vient nous désaltérer, lorsque nous nous lavons, etc. « Les vacances de Hegel » illustrent ce fait sur le mode de l'absurde en présentant un verre d'eau sur un parapluie.

Ar teknik a pellata ar c'henver eeun etre an tu hag ar pal da derc'hel kont eus arvarioù naturel: an dour a ra vad pa vez glebiet plantoù, pe disec'hed ar gouzoug, gwalc'het ar c'horf, hag all. "Les vacances de Hegel" a ziskoueza ar fed se war ar mod direzon o lakaat ur werenn e bili-bann ur disglavier.

Celui-ci n'est tenu par personne : la technique fait à notre place, elle nous relègue dans une passivité face à son fonctionnement tous azimuts, car aussi difficile soit-il de placer un verre pour le faire tenir en équilibre au sommet du parapluie, l'action est possible.

Cette possibilité, bien qu'éloignée à l'extrême de ce qu'on attend du dôme de tissu tendu sur des baleines d'acier nous indique que nos actions ne viennent pas de nulle part et que les choses détiennent en elles-mêmes des forces de propositions qui nous font faire ceci plutôt que cela, ceci et cela.

La question, peu courante, est alors de savoir si le parapluie est un moyen ou une fin. La réponse tient dans le fait que l'exploitant du parapluie est aussi constructeur à sa façon. Si l'on conçoit aisément que le parapluie est chose à faire pour une entreprise de production de parapluies, on aurait tort de négliger la construction visée à travers son utilisation : le port du parapluie en tant que canne ne va pas de soi et en modifie le mode d'emploi pour rejoindre les possibilités de la canne. Le fait de l'ouvrir contre le vent en fait involontairement un paravent au sens stricte. Ces deux utilisations impliquent des dispositifs de sustentation (la canne) et d'obstruction (tissu contre le vent).

Inversement, construire un parapluie implique la réunion de moyens adéquats : tout tissu ne fera pas l'affaire, la solidité du manche et celle des baleines, le déclenchement de l'ouverture sont aussi à considérer.

En somme nous faisons le parapluie dans le moment où nous l'employons mais dans certaines limites qui déterminent les possibilités de la technique.

Il faut donc reconsidérer notre tendance à situer la conduite artistique réputée créative loin de ce système d'assurances qui semble a priori plomber nos gestes.

 

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